Il y a quelques jours, j’ai laissé trainer un bout de pastèque pourri sur la table de la terrasse. Les mouches et les guêpes sont très vite arrivées et se sont régalées…
Puis en un coup, Robocop est apparu 😱 ! C’était un frelon asiatique, Vespa velutina nigrithorax ! Impossible de le rater. Il s’est posé sur la table et est resté sans bouger pendant quelques minutes, le temps que je le photographie. A ce moment-là, je me suis dit « Mais que dois-je faire ? L’éliminer à cause des dégâts qu’il fait par chez nous ? Le laisser tranquille ? « . Le temps que je réfléchisse, il avait déjà disparu 🐝…
Je me suis donc dit que c’était le moment de parler de lui.

Voici un aperçu du mode de vie de cet insecte :
- Son arrivée en Europe
- Présence en Belgique
- Qui est-il ?
- Où et quand le trouver ?
- Organisation de la colonie
- Régime alimentaire
- Menace
- Prédateurs
- Moyens de lutte
- Que faire ?
Son Arrivée en Europe
Le frelon asiatique semble être arrivé en France en 2004 dans un lot de poteries chinoises transportées par bateau. Le premier individu a été identifié dans le Lot-et-Garonne. Le climat et le manque de prédateurs font que l’espèce peut progresser d’environ 100 kilomètres par an en Europe…
Voici la situation début septembre 2024.

Présence en Belgique
J’ai retrouvé un article sur lui dans le Sillon belge du 2/3/2012. Un mâle avait été repéré fin 2011 en Belgique.
On y évoque déjà le problème de pièges non sélectifs mais aussi la problématique par rapport aux ruches : « Des menaces planent sur nos ruchers, c’est certain. Il y a plus urgent, pour réduire ces menaces, que la lutte contre le frelon ! […] Enfin, il ne faut pas rêver. L’action humaine n’empêchera jamais une espèce, dite invasive, de prospérer et d’augmenter son aire de répartition si cette espèce y rencontre ses exigences écologiques. » Le ton est donné.
Le premier nid de frelon asiatique est officiellement découvert en Belgique fin 2016.
À partir de 2023, le frelon asiatique est considéré comme généralisé à Bruxelles, avec des centaines de nids recensés dans la région.
En mars 2025, le journal La Libre titrait que la Wallonie devrait compter 9 000 nids de frelons asiatiques en 2025.
Qui est-il ?
J’ai trouvé pas mal d’informations sur cette espèce exotique envahissante (« E.E.E. ») sur le site du Museum d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN) :
- www.mnhn.fr/fr/frelon-asiatique-a-pattes-jaunes
- frelonasiatique.mnhn.fr/identification/ (lien mort au 1/8/25 mais consulté en avril 2025).
Leur site est une mine d’or quand il est accessible (il y a malheureusement souvent des bugs ces derniers mois).
Tout d’abord, il faut différencier le frelon asiatique des autres hyménoptères, comme son homologue européen.
De nombreuses photos circulent sur le web, j’ai choisi celle-ci (on y voit aussi les formes des nids) mais vous pouvez aller identifier les autres hyménoptères sur le PDF publié par le MNHN.
Le frelon asiatique est légèrement plus petit que le frelon européen. Il est plus noir et ses pattes sont très jaunes.

Où et quand le trouver ?
Le frelon asiatique construit deux types de nids qui se succèdent au cours de l’année. Ces nids sont constitués de couches de cellulose qui ressemblent à du carton : ce sont des petits morceaux de bois mâchés qui sont ramollis par les enzymes contenues dans la salive des frelons.
- Un nid de printemps = nid primaire : il est construit, à partir de fin mars début avril, dans un abri, par les jeunes reines (fondatrices) à la sortie de la période d’hivernation. C’est un nid de la taille d’une balle de tennis, difficile à différencier des nids de guêpes ou de frelons européens à ce stade, à une hauteur de maximum 4 mètres.
- Un nid d’été = nid secondaire : il peut se rencontrer dès le mois de juin si les conditions météorologiques sont favorables. De forme sphérique, il est construit, le plus souvent, assez haut, surtout dans les arbres (plus de 10 m) lorsque l’activité de la colonie s’intensifie et que la capacité du nid de printemps est dépassée. Il est de grande taille, d’un diamètre de 40 à 80 cm, et peut abriter plusieurs milliers d’individus. Ce nid comporte une petite ouverture latérale située à mi-hauteur contrairement au nid du frelon européen dont l’entrée se fait dans la base inférieure. Ce deuxième nid se situe à moins de 200 mètres du premier nid.
À l’approche de l’hiver, les fondatrices (futures reines) quittent les nids pour hiberner dans des abris discrets, comme des troncs d’arbres ou des tas de feuilles. Une fois désertés, les nids ne sont pas réutilisés l’année suivante. Ils se désagrègent naturellement au fil des mois. En hiver il n’est donc pas nécessaire de détruire les nids.
Organisation d’une colonie
Le frelon asiatique vit en colonie composée d’une reine (une femelle reproductrice), d’ouvrières (femelles stériles), et durant la période de la reproduction, de mâles et de femelles sexuées (que l’on appellera au printemps les fondatrices).
Il n’y a qu’une seule génération de frelons par an. Après reproduction en automne, les futures reines fondatrices passent l’hiver abritées et elles établissent des nids primaires au printemps. Les mâles, les ouvrières et la vieille reine de la colonie mère, quant à eux, meurent au début de l’hiver.
Ce sont donc les nombreuses fondatrices qui permettent la dispersion de l’espèce pour former de nouvelles colonies.
Régime alimentaire
Les larves ont besoin de grandes quantités de protéines venant des insectes, comme les abeilles, d’autres frelons, mouches, chenilles, etc., et sont nourries par les ouvrières. Celles-ci en font des boulettes qu’elle apportent à leurs larves. Après ingestion, ces dernières régurgitent un liquide riche en protéines dont se nourrissent les frelons adultes.
Les adultes se nourrissent plutôt de sucres (nectar, fruits mûrs, sève d’arbre, miellat).
Menace
La présence du frelon asiatique perturbe l’équilibre délicat de nos écosystèmes et représente une menace sérieuse pour les colonies d’abeilles, qu’elles soient domestiques ou sauvages ainsi que sur d’autres pollinisateurs comme les guêpes et les mouches. Les frelons asiatiques sont en concurrence directe avec les autres prédateurs de ces insectes et ajoutent une pression supplémentaire sur ces pollinisateurs.
Leur impact est particulièrement ressenti chez les apiculteurs, surtout en milieu urbanisé où les abeilles domestiques constituent des proies faciles et en nombre.
En effet, les frelons peuvent s’introduire dans les ruches mais ce qu’ils font le plus c’est chasser les abeilles domestiques en faisant du vol stationnaire à l’entrée des ruches. Cela provoque un stress intense chez elles et une diminution de la collecte de nourriture car elles entrent/sortent moins. Elles s’affaiblissent, font moins de réserves et peuvent même mourir.
Les abeilles asiatiques ont une technique pour se défendre contre les frelons : lorsqu’un frelon est trop proche de la ruche, elles forment une boule autour de lui et font monter la température à 45° C en faisant vibrer les muscles de leur thorax sans battre des ailes, ce qui cuit le frelon. Les abeilles européennes n’ont pas (encore ?) optimisé cette capacité de défense car elles n’ont pas co-évolué avec ce type de frelons.
Petite remarque au passage, les abeilles domestiques sont en concurrence directe avec les pollinisateurs sauvages en ce qui concerne les ressources alimentaires.
Prédateurs ?
Il existerait chez nous un seul prédateur du frelon asiatique capable de détruire un nid entier : c’est un rapace diurne et migrateur, la bondrée apivore. Mais il est trop peu présent chez nous et ne s’attaquerait guère à plus d’un nid au cours de son existence.

D’autres oiseaux migrateurs insectivores peuvent en manger en vol mais leur impact est insignifiant.
Un apiculteur breton a découvert que ses poules noires de Janzé (poules très rustiques) savaient attaquer les frelons en vol stationnaire devant ses ruches. Elles peuvent donc aider à limiter l’impact sur une ruche mais ne sont pas une solution miracle non plus.
Moyens de lutte ?
Les pièges standards (« sélectifs » ou pas, y compris les pièges artisanaux) n’ont pas démontré une efficacité suffisamment importante et représentent un vrai danger pour la biodiversité car ils tuent souvent des milliers d’autres insectes utiles. Ils ne constituent pas une solution préventive.

Le piégeage des fondatrices au début du printemps et la destruction des nids correctement identifiés (!) sont plus adaptés. Encore faut-il savoir les localiser…
A Bruxelles, un groupe d’apiculteurs (Groupe F) a mis en place une méthode de triangulation et marquage des frelons pour localiser les nids. L’utilisation de puces électroniques fixées sur les frelons est aussi expérimentée.
Pour la protection des ruches, les apiculteurs utilisent différentes techniques adaptées pour éviter l’intrusion dans les ruches ainsi que des pièges sélectifs : harpe électrique (grille électrifiée), muselière (grille à mailles fines), porte anti-frelon. Le piégeage doit être sélectif et justifié : inutile de piéger n’importe où, n’importe quoi, n’importe comment.
Le Groupe F a conçu une muselière-piège assez efficace pour protéger les ruches et capturer les frelons de manière plus sélective.

Des études en cours essaient de déterminer quelles molécules chimiques sont susceptibles de les repousser ou de les attirer. Cela permettrait l’élaboration de barrières chimiques / pièges à phéromones autour des ruchers, ou encore d’améliorer l’efficacité de pièges sélectifs…
D’autres études sont menées sur un champignon entomopathogène qui pourrait parasiter les colonies.
Affaire à suivre donc…
⚠️ Un autre frelon, le frelon oriental, fait également parler de lui dans le Sud de l’Europe et pourrait lui aussi constituer un jour ou l’autre une menace sur nos régions.
Quoiqu’il en soit, pour aider la nature à faire face aux nombreuses pressions actuelles (climat, espèces exotiques,…), aidons-la en préservant un maximum de biodiversité pour assouvir les besoins en habitats et nourriture à un maximum d’espèces locales.
Que faire alors ?
Les frelons ne sont pas agressifs et il est possible d’observer leur nid à 4 ou 5 m de distance sans risque. Ses piqûres éventuelles ne sont pas plus dangereuses que celles de ses cousines.
Si vous croisez un individu ou un nid, vous pouvez enregistrer votre observation sur le site www.observations.be et faire intervenir un professionnel : Liste et cartographie des opérateurs formés à la neutralisation du frelon asiatique. De nombreuses communes communiquent à ce sujet.
Vous êtes apiculteur et le nid est situé à moins d’un kilomètre de votre rucher ? –> Vous pouvez bénéficier d’une intervention gratuite d’une des sections apicoles locales formées par le CRA-W.
Seuls les pompiers en situation d’urgences ou les professionnels sont habilités pour neutraliser les nids des frelons asiatiques.
Plus d’infos sur les EEE : stopenvahissantes.be






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