C’est l’hiver, il fait un peu frisquet et il est tentant de nourrir les oiseaux. D’une part pour le spectacle et la connexion à la nature que cela nous procure et d’autre part parce que nous pensons les aider.
L’intention est bonne bien sûr mais intervenir dans l’alimentation d’animaux sauvages n’est pas un geste anodin. Il s’agit donc d’être prudent et bien renseigné pour éviter de commettre des erreurs.
Comment, allez-vous me dire ?
Je vous laisse lire cet article pour en savoir plus et connaitre les quelques règles essentielles à suivre afin de ne pas leur nuire !

Conseils pratiques
Support de nourriture
Il faut privilégier les supports verticaux dans lesquels les oiseaux prennent directement en bec la graine qu’ils vont manger sans contaminer les autres graines ! Supports qu’il faudra veiller à garder propres pour éviter la propagation de maladies mais à placer également à l’abri des intempéries.
Leur taille : petits pour éviter que les grands individus comme les tourterelles turques ou les perruches ne s’y alimentent.
A proscrire donc : les jolies petites maisonnettes en bois ! Elles peuvent être laissées pour la déco mais pas pour servir de mangeoire.
/!\ On évite que la nourriture reste plus de 2 jours !

Où pratiquer le nourrissage ?
Pour éviter le contact et la compétition entre espèces et entre individus (-> agressivité !) : il est conseillé de disposer les zones de nourrissage à différents endroits bien espacés et avec une petite quantité de nourriture plutôt que de grosses quantités.
Idéalement près de buissons, haie, arbustes afin que les oiseaux puissent s’y réfugier rapidement en cas de danger et loin des vitres des habitations.
Quand les nourrir ?
Quand les températures sont négatives. Le reste du temps ce n’est pas nécessaire. Et certainement pas pendant de longues périodes !
Si toutefois, pour des raisons spécifiques, vous les nourrissez tout l’hiver, n’arrêtez pas brusquement : les oiseaux sont habitués à venir et ils devront subitement dépenser de l’énergie pour trouver une autre source de nourriture.
Que leur offrir ?
– Nourriture
Graines
Je préconise des graines de tournesol bio et si possible épluchées pour éviter la propagation des maladies dans les déchets.
En effet, les oiseaux sont granivores en hiver. La seule nourriture à leur proposer est donc basée sur les graines et les petits fruits de chez nous ! Pas de cacahuètes etc. qui, de plus, peuvent produire des mycotoxines quand elles sont humides ou avariées ! Ces graines et fruits secs (tournesol, lin, noisettes,…) sont suffisamment riches en graisses pour répondre aux besoins de nos amis à plumes.
Si vous avez des fruitiers et arbustes, les fruits tombés des arbres et les baies (viornes, lierre, sorbiers, rosiers,…) leur serviront également de nourriture. C’est aussi le cas des graines laissées sur les fleurs fanées. On laisse tout ça sur place en hiver !

Graisse
Les boules de graisse du commerce, outre le fait que leur filet peut blesser les oiseaux et génèrent des déchets, peuvent devenir rances ! Leur qualité est souvent loin d’être bonne et adaptée à nos oiseaux.
/!\ L’alimentation riche en graisses ne peut être donnée qu’en période de grand gel !
Insectes
L’apport de protéines (insectes par ex) amène à des comportements reproducteurs trop précoces dans la saison. En effet, l’alimentation protéinée est un signal que la bonne saison est là alors que ce n’est pas le cas !
Pain et restes /!\
Le pain est à proscrire. C’est un aliment transformé, qui gonfle et les rassasie. Il comporte des ingrédients loin d’être inoffensifs pour la faune sauvage, comme le sel ou le gluten.
Les restes n’ont pas leur place non plus dans l’alimentation des animaux sauvages comme les oiseaux !
– Eau
En cas de gel prolongé, fraiche et pure (pas d’huile, de sel ou autre substance).
Quels sont les risques du nourrissage ?
1. Sur la chaîne alimentaire
J’ai trouvé ce schéma qui illustre de manière simple les différents impacts du nourrissage sur les populations d’oiseaux mais aussi sur le reste de la chaine alimentaire.

Les flèches bleues indiquent l’avantage pour l’espèce cible, les flèches rouges indiquent l’effet inverse (impact défavorable).
– Les nichoirs (A) et les mangeoires (B) ne profitent qu’à certaines espèces d’oiseaux (C), notamment des espèces non indigènes (D, I) et des prédateurs de taille moyenne (E, I)
– Les oiseaux attirés par une source de nourriture artificielle (par exemple, une mangeoire) deviennent alors des proies plus faciles pour les animaux domestiques (J) et les prédateurs naturels (F)
– Un plus grand nombre d’espèces fréquentant les mangeoires et les nichoirs (C) et différents types de prédateurs (E,F, I) ont un impact négatif sur d’autres espèces moins robustes (G), qui souffrent à la fois de prédation directe et d’une concurrence accrue
– Un plus grand nombre d’espèces fréquentant les mangeoires (C) peut également entraîner une pression de prédation plus forte sur les espèces proies naturelles indigènes (H)
– Espèces représentées représentant des groupes écologiques :
- C – Mésange charbonnière,
- D – Perruche (espèce envahissante non indigène en Europe occidentale),
- E – Pie bavarde,
- F – Buse commune,
- G – Mésange charbonnière
- H – chenilles d’espèces de papillons indigènes,
- I – Écureuil gris non indigène
Ils ne sont pas représentés sur le dessin mais les rats sont aussi de grands consommateurs de la nourriture proposée aux oiseaux !
2. Sur le comportement reproducteur
Le nourrissage régulier a un impact sur le chant des oiseaux. Ceux-ci peuvent chanter à des moments inhabituels pour leur espèce ce qui peut affecter les chances de former un couple.
Comme déjà dit, l’apport de protéines (insectes par ex) amène à des comportements reproducteurs trop précoces dans la saison ce qui augmente le taux de mortalité dans la nichée.
L’apport de graisses (boules par exemple) à la fin de l’hiver/début du printemps amène aussi une ponte avancée, une incubation plus courte et des nichées réduites. En effet, à ce moment de l’année, l’alimentation doit être basée sur les protéines !
3. Sur la migration
Le nourrissage important en hiver pousse certaines espèces migratrices à rester chez nous plutôt que de migrer. On dit qu’elles hivernent.
Les populations qui hivernent commencent à se différencier physiquement (et donc génétiquement) des populations qui migrent notamment au niveau du bec et des ailes !
4. Sur la sélection naturelle
Le nourrissage a un impact sur la chaîne alimentaire, comme on l’a vu, mais peut également favoriser des individus dont la génétique est moins robuste.
5. Maladies
La présence régulière et importante d’oiseaux sur le même lieu de nourrissage / abreuvage favorise la propagation de maladies (-> éviter les plateaux et supports horizontaux). La présence de fientes multiplie aussi les risques.
Des maladies telles que la trichomonose aviaire, qui touchait les pigeons et atteint maintenant les verdiers et pinsons, la salmonellose des passereaux et la chlamydiose sont préoccupantes. D’autres maladies émergentes font des dégâts sur nos mésanges.
Les maladies se transmettent par contact dans les lieux de nourrissage mais également via la salive des oiseaux !
Si on observe un oiseau malade (léthargique, plumes ébouriffées) /mort, il faut arrêter d’urgence le nourrissage pendant plusieurs semaines et tout désinfecter !

CONCLUSIONS
En pensant bien faire, parfois on fait pire. Souvent par méconnaissance, parfois parce qu’on ne veut pas changer ses vieilles habitudes…
Même s’il est bien réalisé, il ne faut pas compter sur le nourrissage pour aider les espèces d’oiseaux en déclin.
Le meilleur moyen d’offrir de la nourriture de qualité aux oiseaux est d’encourager les jardins diversifiés en habitats (buissons, haies, arbustes, zones d’herbes hautes, tonte moins sévère) car c’est là qu’ils trouveront ce dont ils ont réellement besoin.
Donc, oui on peut encore nourrir les oiseaux à des fins spécifiques mais pas n’importe comment.
De mon côté, j’ai fait le choix de ne plus le faire. Parce que mon jardin est géré de manière à leur laisser de la nourriture en toute saison (graines, baies, insectes) et que ce n’est donc pas nécessaire. Je me contente de les regarder de loin 📷 et de les écouter 🎶…
(J’essaie de diminuer les pratiques des « Jardiniers conquérants » – j’aime bien cette dénomination, que j’ai empruntée à l’écologue Nathalie Guénel. Je reviendrai un jour sur ce sujet.)
Pour en savoir plus
Je vous invite à lire ce document de Natagora (Aves) très bien documenté ainsi que l’article « Killing with kindness« .







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