Vocabulaire
Espèces concernées en Belgique
Modes de propagation
Pourquoi sont-elles considérées comme un problème ?
Que faire (ou ne pas faire) ?
Alternatives
Processus naturel
Conclusion
Références
J’entends souvent dire de certaines plantes qu’elles sont invasives. Mais que signifie le mot « invasives » ? Le sont-elles vraiment ? Quelles différences avec le terme « envahissantes » ?
Vocabulaire 📖
Les « espèces invasives » sont, en fait, des E.E.E. càd des « espèces exotiques envahissantes« , I.A.S en anglais (« Invasive Alien Species »). Les espèces considérées comme « indigènes » sont établies chez nous depuis l’année 1500 au moins.
Le groupe des E.E.E. reprend des végétaux et des animaux. Vous connaissez déjà bien les coccinelles asiatiques (dont on ne parle quasi plus, tellement elle est devenue « banale » chez nous – voir article RTBF) et le nouvellement célèbre, frelon asiatique.
Dans les plantes exotiques envahissantes (les plantes « invasives »), vous avez peut-être déjà entendu parler de la berce du Caucase et de la renouée du Japon voire de la balsamine de l’Himalaya.
Espèces concernées en Belgique
Il existe malheureusement encore beaucoup d’autres espèces invasives. Vous pouvez retrouver leur liste à jour pour la Belgique sur le site ias.biodiversity.be, triées par risque et catégorie.

On mesure :
- l’impact de ces espèces à altérer les écosystèmes,
- leur compétitivité par rapport aux espèces indigènes
- leur capacité à se disperser
- leur capacité à coloniser les écosystèmes sensibles, protégés ou d’intérêt écologique majeur.
Dans cette liste, nous retrouvons notamment, au niveau des plantes, des plantes (malheureusement) très communes de nos jardins et de nos espaces verts. Voici quelques exemples :
A3 : Mahonia (y compris les hybrides), Rosa rugosa (rosier rugueux), Parthenocissus spp (vigne vierge)
A2 : Ailanthus altissima (ailante), Spiraea alba (spirée blanche), Spiraea douglasii (spirée de Douglas), Cotoneaster horizontalis, Rhododendron ponticum
B3 : Buddleja davidii, Robinia pseudoacacia, Aster novi-belgii
B2-B1 : Lupinus polyphyllus (lupin vivace), Lonicera japonica (chèvrefeuille asiatique), Amelanchier lamarckii (amélanchier), Rhus typhina (sumac de Virginie), Acer negundo (érable negundo), Acer rufinerve (érable à feuilles de vigne), Prunus laurocerasus (laurier cerise)
Dans les plantes plutôt sauvages :
- Heracleum mantegazzianum (berce du Caucase, à ne pas confondre avec notre indigène, beaucoup plus petite notamment) ;
- Prunus serotina (cerisier tardif) qui prospère dans nos bois vu que ses fruits sont mangés par les oiseaux ;
- Fallopia japonica (renouée du Japon) que je ne présente plus ;
- Duchesnea indica (fraisier des indes) qui se retrouve ni vu ni connu dans nos jardins avec les fraisiers sauvages mais dont les fruits ne sont pas bons et les fleurs jaunes ;
- Epilobium ciliatum (épilobe cilié), qui pousse un peu partout dans les pots des pépinières et les terres arables.
Il existe aussi de nombreuses espèces invasives des milieux aquatiques, dont je ne parlerai pas ici.
La situation évolue évidemment et une espèce actuellement A1ou B3 pourrait passer A3 en très peu de temps.
Les E.E.E. ont tendance à envahir les milieux qui sont déjà fragilisés, en déséquilibre, à cause de l’activité humaine notamment. L’arrivée des invasives précipite la diminution de nos espèces locales voire leur disparition.
Modes de propagation ✖️
- Reproduction végétative : elle se fait par les racines (rhizomes, drageons), tiges (stolons) ou rejets.
Par exemple : renouée du Japon, robinier faux-acacia, sumac de Virginie,… - Reproduction sexuée : elle se fait par les graines ou les fruits disséminés par le vent, les oiseaux,..
Certaines plantes peuvent utiliser les 2 moyens de propagation.
Pourquoi sont-elles considérées comme un problème ?
1. Appauvrissement de la biodiversité 🐝
C’est la conséquence la plus grave. Les espèces invasives entrent en concurrence directe avec la flore locale pour l’espace, la lumière, l’eau et les nutriments. Souvent plus vigoureuses et dépourvues de prédateurs naturels dans leur nouvel environnement, elles finissent par étouffer les plantes indigènes. Cela entraîne la disparition d’espèces locales et perturbe toute la chaîne alimentaire, affectant également les insectes et les animaux qui dépendaient de ces plantes pour se nourrir ou s’abriter.
Le cas de l’onagre rose (Oenothera speciosa/berlandieri) et du papillon moro-sphinx est un exemple qui illustre l’impact négatif que des plantes exotiques peuvent avoir sur les populations de certains insectes. Le tube de la corolle de l’onagre rose est trop étroit, le moro-sphinx peut se retrouver la langue coincée dans la fleur et mourir d’épuisement. C’est malheureusement un exemple parmi beaucoup d’autres.
Les espèces E.E.E. peuvent aussi véhiculer de nouvelles maladies.
2. Perturbation des écosystèmes et des sols 🪱
Certaines plantes invasives modifient la chimie du sol (par exemple en fixant l’azote de manière excessive) ou sa structure, rendant le terrain inhospitalier pour la végétation indigène.
D’autres augmentent les risques d’incendie en créant une biomasse très sèche ou modifient le régime hydrique des zones humides.
3. Coûts économiques importants 💰
La gestion des invasives représente un coût colossal pour la société. Cela inclut les dépenses pour l’arrachage, le contrôle chimique ou mécanique, la restauration des milieux dégradés, ainsi que les pertes de rendement dans l’agriculture et la sylviculture lorsque ces plantes envahissent les cultures ou les forêts exploitées.
Ces plantes peuvent aussi obstruer les cours d’eau, augmentant les risques d’inondation, ou endommager les infrastructures (routes, bâtiments) en s’installant dans les fissures.
L’impact sur notre flore et nos sols est bien évidemment impossible à chiffrer en termes économiques.
4. Impacts sur la santé ⚕️
Certaines plantes invasives sont toxiques pour l’homme ou le bétail (comme la Berce du Caucase qui provoque de graves brûlures ou l’Ambroisie qui provoque des allergies : une seule plante peut produire des milliards de grains de pollen).
Que faire (ou ne pas faire) ?
- ❌ La première chose la plus facile et évidente à mettre en place c’est de ne pas acheter ni planter une espèce invasive. En effet, bon nombre sont encore présentées comme plantes ornementales dans les pépinières.
Soyez d’autant plus vigilants si vous habitez près d’une zone protégée, fragile et/ou un cours d’eau.
En cas d’hésitation, allez consulter le site web IAS. - ✅ Si vous croisez une qui nous semble invasive, vérifiez son identité précise et enregistrez votre observation sur
- www.observations.be (site web ou application)
- https://observatoire.biodiversite.wallonie.be/enquetes/enquete.aspx?id=6
- ✅En cas de présence dans son jardin, il faut évidemment tenter de l’éliminer
⚠️ Certaines plantes nécessitent des moyens particuliers comme la renouée de Japon, d’autres sont photosensibilisantes comme la berce du Caucase !
puis jeter les déchets au parc à conteneur (pas dans le compost ou dans un fond de terrain).- ❌ Ne pas arracher une plante si on n’est pas sûr qu’elle est une E.E.E. En effet, certaines sont très semblables à nos indigènes.
- Parfois, il est plus facile de ne contrôler que les rejets plutôt que de tenter d’éliminer complètement le sujet
- ❌ De manière générale, on ne se débarrasse pas des plantes horticoles et/ou exotiques dans la nature. Le risque qu’une tige ou une racine reprenne n’est pas nul.
En savoir plus : https://stopenvahissantes.be/home/actualites/actualites/pourquoi-ne-faut-il-pas-se-debar.html - ❌ Si un cours d’eau passe -près de- chez vous ou si vous êtes près d’une zone sensible (zone protégée, paysages particulier,…), le risque de propagation est accru et les dégâts peuvent être très importants en aval.
- ❌ Il existe des arrêtés qui présentent la liste des plantes interdites à la plantation mais aussi une liste des plantes dont la plantation et le dépôt de déchets comprenant de telles espèces sont interdits dans et à moins de cinquante mètres des cours d’eau et des sites bénéficiant d’un statut de protection prévu par la loi sur la conservation de la nature
- ❌ La précaution est également de mise lors des mouvement de terres éventuellement contaminées pour éviter de propager des fragments de E.E.E.
Alternatives de chez nous 🪻
Il existe de nombreuses plantes indigènes pour remplacer les espèces invasives que vous pourriez trouver en pépinière.
Notre petite faune, comme les insectes, vous en sera très reconnaissante car ces plantes sont plus adaptées pour elles du fait qu’elles ont coévolué ensemble (pièces buccales adaptées, nutriments répondant à leurs besoins, …).
Pour vous aider dans cette démarche, une brochure « Des alternatives aux invasives », éditée par le projet AlterIAS, est à votre disposition : PDF disponible ici
Des pépinières spécialisées (comme ecosem, ecoflora, apiflora) proposent des plantes de chez nous. Plus en plus de pépinières classiques peuvent vous en fournir aussi. Renseignez-vous 😉
Processus naturel
Un point qu’il ne faut pas oublier de relever est de nombreuses espèces en Europe ont des origines exotiques (Africaines, Asiatiques). Les migrations existent depuis toujours, les mouvements des populations animales et végétales ont toujours existé : par exemple, après les glaciations, lorsque les températures ont augmenté, de nombreux genres se sont implantés dans nos contrées.

Cependant, les interventions humaines ont accéléré l’introduction de ces espèces. Le facteur temps diffère radicalement : là où les migrations naturelles s’étalaient sur des millénaires, les introductions actuelles se font en quelques décennies. Avec les E.E.E., le processus est précipité et ne laisse pas le temps aux écosystèmes de s’adapter, ce qui crée des déséquilibres importants.
Conclusion
Vous l’aurez compris, la plupart des espèces qui envahissent votre jardin ne sont pas forcément des espèces invasives. Liserons, fraisiers des bois, benoites, trèfles, égopodes,… sont des plantes indigènes qui peuvent se montrer très prolifiques dans certaines conditions mais qui font partie de notre flore locale, indispensable à nos insectes. Ce ne sont pas des invasives.
Toutes les plantes exotiques ne sont pas invasives mais certaines sont sous vigilance car il suffit parfois de pas grand chose pour qu’elles le deviennent. Les changements climatiques en sont un bel exemple.
Pour augmenter la résilience de nos écosystèmes et de nos espèces, faisons en maximum pour les protéger : préservation des habitats, …
La problématique des E.E.E. est internationale : certaines de nos plantes, inoffensives chez nous, peuvent elles aussi se montrer invasives sur d’autres continents.
Ce qui est sûr, c’est que la force de la Nature gérera ces E.E.E. comme elle a géré d’autres crises depuis la nuit des temps… Avec ou sans l’Homme.
PS : J’avais l’idée d’écrire cet article depuis un moment mais la parution de la page ci-dessous sur la problématique des ambroisies et des graines pour oiseaux m’a mis un coup d’accélérateur ;-).
N’hésitez pas à y jeter un oeil en cliquant sur l’image.



























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